MIUT , du bonheur pour les yeux à portée de baskets.

Publié le par fabienantolinos

MIUT , du bonheur pour les yeux à portée de baskets.

Madère Ultra Trail, 115 kilomètres de nature, du bonheur pour les yeux à portée de baskets !

Depuis mon expérience automnale à l'éco trail de Funchal en octobre dernier j'avais vraiment envie de retourner sur cette belle île de Madère. Une mini réunion à quelques heures de vol de Lyon, une cuisine équilibrée et copieuse, des paysages verdoyants, des sentiers parfois vertigineux, une certaine douceur de vivre, des locaux accueillants et sympathiques, tous les ingrédients sont ici réunis pour que la course à pied devienne un excellent prétexte au voyage...

Ce voyage en famille s'achève pour moi ce samedi 23 Avril à minuit à porto Moniz, au Nord Ouest de l'île avec le départ de la course. Les conditions sont humides, il pleut et une tempête a trempé les sols la veille du départ. Je sais que la course va être rude, le parcours est exigeant avec ses milliers de marches et ses 7000 mètres de dénivelé sur des chemins parfois très techniques. Les coureurs présents sont de qualité mais je suis confiant malgré une préparation un peu réduite en temps mais de qualité. Je vise clairement les premières places sur cette course et ne dois pas faire l'erreur de partir trop vite.

En effet, la course commence paraît-il à Curral Da Freiras, le 60ème kilomètre, après déjà 7h30 d'effort de nuit !

Ca tombe bien, je sors du ravitaillement en titubant, pâle comme un linge, Virginie vient de me dire d'abandonner dix fois, je suis neuvième je crois, les jambes étaient excellentes mais pourtant j'ai des spasmes au ventre et me vide depuis déjà trente kilomètres. J'ai perdu petit à petit toute mon énergie, la déshydratation m'entraîne de violentes crampes et mes illusions de performance ont disparu. A ce moment de la course, ma seule motivation pour poursuivre est la curiosité de découvrir le parcours et ce magnifique cirque montagneux qui s'offre à moi. Je donne rendez-vous à Virginie dans trois heures et passe en mode randonneur sur une montée interminable. Je suis saisi d'énormes crampes dix minutes après avoir quitté le ravitaillement, je me dis qu'il serait plus raisonnable de faire demi tour, j'hésite mais il fait trop beau et le sentier est magique. Je suis étonné de ne pas me faire doubler tant je me traine... En deux heures j'atteins le point d'eau du Pico Ruivo, moins de 12 kilomètres après le ravitaillement précédent!

Les bonnes nouvelles c'est que le ventre me laisse enfin tranquille et que je connais la prochaine section, un sentier à flanc de montagne, taillé dans la roche qui fait la part belle aux marches de pierre.

Le soleil brille et je commence à reprendre du plaisir dans ce cadre somptueux. Je savoure jusqu'à venir buter sur des marches qui deviennent trop hautes pour moi au sens propre comme au figuré. Effectivement, en voulant grimper une série de hautes marches je suis pris de violentes crampes au niveau des adducteurs, ça sert à gauche encore plus fort pour ne plus se relâcher malgré ma tentative d'étirement. Je soupçonne une contracture et doit attendre, assis sur les marches, que la douleur s'estompe et que les muscles se relâchent. Je me dis que je dois faire pitié à voir, je ne peux même plus avancer, pris au piège comme un enfant dans son parc... Je regarde derrière, toujours personne.

Je finis par rallier le point haut de la course avec le ravitaillement du Pico Areiro. Virginie me demande encore d'arrêter mais il me reste une petite quinzaine de kilomètres que je ne connais pas, j'ai envie de profiter encore du décor et après, promis, je range les chaussures à Poiso car je connais les vingt six derniers kilomètres. Rien à regretter, la descente vers Ribeiro Frio est vraiment belle mais j'ai de plus en plus mal aux adducteurs et chaque montée devient un calvaire. Il me reste justement une dernière grimpée jusqu'au col de Poiso, les pentes sont douces, le chemin débonnaire mais je ne cours plus, mon Ultra s'arrêtera au col de Poiso dans quelques minutes.

Je m'assois, pose mes bâtons et dis à Virgie que c'est bon, que j'arrête là, j'aurais reconnu tout le parcours pour une prochaine édition! Bizarrement elle s'affère, me donne mon ravitaillement, je ne comprends plus rien... Elle me dit que je suis septième, qu'il y a encore des places à prendre, je suis un peu dérouté car j'avais déjà arrêté dans ma tête depuis de nombreuses minutes. Je reste un compétiteur alors je ne me pose pas de question, je me lève, je plie mes bâtons pour les ranger dans le sac, je prends mon ravitaillement et c'est parti pour les vingt six derniers kilomètres que je connais déjà après une reconnaissance une semaine avant.

Maintenant il faut tourner les jambes sans cesse, serrer les dents et attendre la délivrance de la ligne d'arrivée. Je sais faire ce genre de choses et remonte finalement trois places pour terminer quatrième.

Je ne voulais pas abandonner, j'ai vu l'arrivée et sur le moment c'était comme une victoire. Après, j'étais déçu de ma course car les bonnes jambes auraient pu me permettre de perfer ce jour. Je pense avoir mis trop de temps à me couvrir le ventre dans le froid de la nuit, c'est un nouvel apprentissage de l'ultra, discipline dans laquelle je suis encore novice. On apprend bien souvent davantage de ses erreurs... Le point positif ce sont mes pieds qui ressortent indemnes de ce périple ainsi que la forme qui commence à revenir. Je commence également à être plus patient, à mieux gérer mes efforts dans la durée. Vivement l'UTMB pour continuer à progresser!

Je félicite tous mes partenaires de course qui ont pu terminer cet ultra, je remercie l'organisation pour nous permettre de vivre des expériences fabuleuses dans des paysages et sur des chemins magnifiques. Je remercie notre ami Patricio pour son invitation à manger les brochettes au feu de bois dans le petit restaurant de ses parents. Je suis heureux que la course à pied puisse me faire vivre, avec ma famille, des moments aussi intenses, d'euphorie, de doute, de plénitude, de douleur, de découvertes, de rencontres, des émotions qui nous poussent à continuer à nous dépasser sur les sentiers.

MIUT , du bonheur pour les yeux à portée de baskets.
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MIUT , du bonheur pour les yeux à portée de baskets.
MIUT , du bonheur pour les yeux à portée de baskets.

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