Second au bout du suspens

Premier France de trail à Gap

Je venais chercher l’or, je repars avec l’argent, pas mécontent !

Il y a des courses où l’on termine frustré, déçu, où on se dit qu’on a pas fait le boulot correctement, qu’il y avait la place pour mieux, que si ceci, que si cela… pour ce premier championnat de France de trail sur un jour, je n’ai rien à regretter, je suis à ma place, une belle seconde place qui me permet de confirmer ma présence parmi les meilleurs coureurs français du circuit. J’étais attendu et j’espère ne pas avoir déçu mes « supporters ».

Ce 6 Octobre 2013 toutes les conditions étaient réunies pour que la course soit grandiose : Le décor fabuleux des hautes alpes, le tracé varié, parfois technique et aérien, le soleil et la grosse concurrence.

Nous étions nombreux à vouloir en découdre et inscrire notre nom au palmarès de ce premier championnat et la course, vécu de l’intérieur, a été extraordinaire, du grand suspens, de la souffrance et du plaisir de vivre l’instant, de la tactique de course et du « lachage » complet dans la dernière descente, du « serrage » de fesses quand t’es 4 pour un podium à 10 km de la ligne d’arrivée, du jamais vu sur ce type de format pour moi, des grosses sensations qui donnent envie de remettre ça une prochaine fois.

Retour sur la course avec un départ groupé à 6h30 de gap, pas de pétard lancé par l’un ou l’autre, ça court sérieusement, la vitesse est raisonnable mais soutenue jusqu’au 8ème kilomètre et le ravitaillement du Replat.

Devant deux hommes semblent se détacher, Julien Navarro et Michel Lanne, c’est pas du bluff mais du solide, nous sommes une bonne dizaine attentifs derrière à deux minutes. L’ascension de Charance est une longue marche, puis à la descente des crêtes Sylvain Court accélère, je suis de loin en prenant du plaisir dans la descente escarpée. Deux petites bosses et nous sommes désormais trois en chasse car patrick Bringer nous a rejoint. L’allure est bien rapide jusqu’au ravitaillement de Gleyze (km 19) mais nous passons à trois bonnes minutes de la tête. Patrick s’arrête satisfaire un besoin naturel, nous temporisons avec Sylvain, on attaque pas un homme qui pisse ! Dans la descente sur Rabou Patrick chute derrière moi, je me retourne et lui demande si ça va, il se relève et nous poursuivons. Sylvain est bien en jambe, il a décidé de faire les descentes et je le laisse me distancer, soucieux de faire passer les alertes crampes aux adducteurs que je commence à ressentir depuis quelques kilomètres. Je me retourne, Patrick n’est plus là et c’est Sébastien Spehler que je vois revenir. Il me rattrape au pied de la descente et nous passons au ravitaillement de Rabou (km 27) ensemble. Je repars devant et mène toute la première partie de la vallée sauvage qui va sur Chaudun. J’imprime un rythme régulier, j’essaie de garder des forces pour les grosses difficultés à partir du km 36. Sébastien me relaie et son allure me plait bien. A Chaudun Jérémy, qui me fait le ravito, est à fond, il me donne presque les pulsations cardiaques de nos adversaires devant… je suis confiant mais sais que Sébastien sera redoutable ! La montée sur la rampe de Chaudun de 450m de D+ est menée tranquillement et nous revenons sur Julien qui marche dans les dernières pentes et nous encourage gentiment. Michel et sylvain sont en vue, encore 2 minutes à combler il me semble.

Comme prévu c’est ici que je vais faire l’effort, je suis avec trois excellents descendeurs et encore en quatrième position, il faut faire le forcing pour revenir et dépasser ces coureurs avant la descente finale très roulante.

 

Je passe devant Sébastien et essaie de combler le retard sur ce long faux plat de 5,5 kilomètres que je connais parfaitement après déjà trois passages à l’entrainement. J’arrive à me rapprocher de la tête. Il va falloir cravacher dans la montée du pic de Gleyze, presque un kilomètre vertical où il faut trouver encore de l’énergie pour juste « trottiner ». Nous sommes tous à fond courbés dans ces pentes raides. Sébastien me suit de près, je prends quelques secondes sur lui et dépasse Sylvain juste après la petite barre rocheuse. Je passe au sommet deuxième à une trentaine de secondes de Michel et prends des risques dans les rochers escarpés de la descente. Sur le dernier bloc je perds l’équilibre et tombe vers l’avant, une belle chute sur des rochers. Je me relève instantanément et repars. Je saigne de la main, du tibia et du genou mais surtout je me suis fait très peur. Je rate les deux trois trajectoires suivantes avant de me remettre dans ma course.

Nous avalons tous les quatre les 600m de D- à toute vitesse jusqu’au ravito 5. J’ai l’impression de faire un sprint long et je sens que ça va durer encore dix bornes à cette allure. Ravitaillement express, plus que 35 à 40 minutes mais je me force à continuer à m’alimenter, une hypo est si vite arrivée…

Je suis au taquet et Michel reste à 30 secondes tandis que Sébastien m’a passé plutôt rapidement et qu’il fond vers la première place. Sylvain est aussi juste derrière mais je ne veux plus regarder que devant. A la faveur de deux petites remontées je reviens derrière Michel et le double sur la route à environ deux kilomètres du terme. Les jambes tournent encore malgré les crampes et l’écart se creuse rapidement. Je profite tranquillement de mon arrivée sans voir que mon poursuivant n’a pas lâché l’affaire parmi les nombreux arrivants du petit format.

Au final Sébastien l’emporte sur moi de 54 secondes et Michel n’est qu’à 8 secondes, du jamais vu après 5h18 d’une course éprouvante et sélective. J’ai pris énormément de plaisir et ne suis absolument pas frustré par mon classement. Certains diront que les plus mauvaises places sont la seconde car tu rate l’or et la quatrième car tu rate le podium… mais c’est dur de toujours gagner car la concurrence est présente et forte, aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain !

Bref, il y aura encore de belles bagarres en perspective sur les sentiers et ça tombe bien car j’adore ça.

Pour être au mieux je compterai encore sur la présence de mes proches et notamment de ma femme, sur les conseils de David, Stéfane, Pascal entre autres, sur le Team Terre de Running Ronhill et tous les partenaires qui me suivent, me font confiance et m’apportent le soutien nécessaire à ma pratique sportive exigeante.

A très vite sur les sentiers ou ailleurs, Fabien.

Lynette Macpherson

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